Ça ne se fait plus, ça. Je crois que le contre-la-montre le plus long de l'année, c'est aux championnats du monde, et ça fait un peu moins de 50 km cette année (c'était descendu à 30-35 certaines années).
Il est loin le temps des Tours de France des années 80 avec plusieurs contre-la-montre de 50 à 70 km, pour des distances totales en individuel de 140 km et plus :
- 1983 : 58+15+15+50 km en individuel + 100 km par équipe : 240 bornes au total !!!
- 1984 : 67+51+22 km en individuel + 51 km par équipe : 190 bornes au total !
- 1985 : 75+32+46 km en individuel + 75 km par équipe : 230 bornes au total !
Le problème c'est que les meilleurs coureurs de Grand Tour actuels sont déjà des rouleurs-grimpeurs, et aucun pur rouleur ne peut espérer quoi que ce soit sur un GT
pour ce qui est du classement général, même en mettant 5 minutes aux autres sur un grand contre-la-montre. Avec les coureurs présents sur ce Tour de France, par exemple, tu aurais les Pogatchar&Vingegaard dans le top 5 (ou pas loin), avec un Van Aert (avec sa balance plus orientée rouleur) et un ou deux spécialistes du CLM comme Küng. Si on augmentait les distances, les grand leaders reculeraient un tout petit peu ce jour là (et encore, l'an dernier sur le Tour de France les 2 zozos font 2^e^ et 3^e^ du CLM de 40 km assez plat à part 2 petites buttes finales, mieux que Ganna et Küng), mais bon, si c'est pour avoir des spécialistes à la Dennis qui ne viennent que pour 1 CLM sans rien faire d'autre les autres jours, voire se barrent ensuite, ce n'est pas génial non plus.
La réduction progressive de la longueur des CLM, et l'augmentation des dénivelés sur les kilomètres qui restent, a pour but d'essayer de ne pas éliminer aussi les purs grimpeurs du jeu du général.
Je n'ai pas vérifié, mais je pense qu'actuellement, les tours qui présentent le plus de CLM par rapport à leur kilométrage total doivent être les Tours de Romandie et de Suisse (par tradition pour servir de préparation à de plus grande courses, et puis le fait d'avoir Küng et Bisseger à la maison compte).
Le Giro de cette année a présenté pas mal de CLM au total : un presque plat de 20 km, un plat de 35 km, et un course de côte de 19 km. Mais sur le plus long, un grimpeur comme Tao G*.* finit juste devant les rouleurs Küng et Armirail (et Roglitch juste après), donc bon... Depuis que le cyclisme se résume un peu à une question de W ou de W/kg, un grimpeur (hormis les puces de 50 kg) qui travaille sa position sur un vélo de CLM peut assez facilement rivaliser avec les rouleurs buffles : il a presque la même puissance à disposition et moins de prise au vent.
Chaque organisateur oriente un peu son choix de distance et de type de CLM en fonction des coureurs qu'il voudrait favoriser. Quand tu as Küng ou Ganna, tu essayes de leur fournir des occasions de briller. Et c'est pareil dans l'autre sens quand en France on n'a plus que des grimpeurs non-rouleurs (au contraire des Hinault et Fignon qui étaient capables de remporter le Grand Prix des Nations, contre-la-montre de 90 km)...
Ah, et puis en matière d'audience télévisée, ça doit être assez mauvais, parce qu'autant ça représente l'effort cycliste le plus vrai, autant c'est honnêtement très chiant à suivre en général du fait de la quasi-absence de jeu tactique entre adversaires qui doivent s'aider (et emmerdant à filmer parce qu'il faudrait une caméra par coureur tout du long, ce qui n'est pas possible).